Transference : une famille en hor-reur

14/11/2018

 

Les jeux ayant pour sujet les troubles ou maladies psy me font toujours de l'oeil. Le domaine est passionnant car il met souvent à jour une autre réalité ou une autre façon de voir celle que l'on partage. Du pain béni pour l'immersion et généralement source de bien des réflexions une fois le jeu terminé.

 

Le terme transfert en psychanalyse ou Transference en anglais - tiens, comme le titre du jeu - est un processus au cours duquel des sentiments ou désirs inconscients d'une personne sont transposées vers une autre. Un exemple pourrait être le patient qui tombe amoureux, de façon potentiellement déraisonnée, de son psychiatre. C'est une forme de transfert. Le patient se sert de son interlocuteur comme d'une corbeille dans laquelle il va mettre les souvenirs qui ont marqués son vécu, rejouant certaines scènes qui transféreront ses sentiments vers son psychanalyste.

 

Dans le jeu du studio SpectreVision, fondé entre autres par Elijah "Frodon" Wood, c'est une autre forme de transfert dont il est question et vous le découvrirez assez vite dans ce jeu que Denfull et moi aurons parcouru à deux dans une Party commune le temps d'une soirée placée sous le signe d'une ambiance pesante et de quelques jump-scares qui auront laissés des traces. Notamment sur mon casque VR..... parce que oui le titre est compatible VR et nous ne l'avons essayé que de cette façon. Le jeu a la manette ne peut définitivement pas avoir le même impact !

 

Bienvenu chez les Hayes.

 

Papa est scientifique un brin obsédé par ses recherches. Maman est une musicienne qui a dû faire le deuil de ses rêves. Et fiston ? Le pauvre est au milieu de tout ça et tente de lancer une carrière de youtuber avant l'heure. Il ne faut pas plus de quelques secondes pour comprendre qu'il y a comme un testicule dans le potage de la famille Hayes... et qu'il y trempe tout entier !

 

Dans le bel appart' des Hayes se place notre scène où pour d'anciennes querelles, la famille se mutile. J'ai placé une référence à Shakespeare, je peux continuer........... Dans les grandes lignes et sans prendre le risque de vous spoiler la moindre bribe de ce semblant de thriller psychologique au scénario un tantinet nébuleux mais néanmoins plaisant, vous incarnez (et je pense que ça se discute) les différents membres de la famille à différents moments avec leurs propres points de vue d'une même situation. Le "transfert" de l'un à l'autre s'effectue via des interrupteurs qui vous feront régulièrement changer d'ambiance et parfois de manière drastique.

 

Denfull : On passe d’un souvenir à un autre en utilisant un interrupteur qui nous balance d’une réalité à une autre. Diverses petites énigmes nous sont proposées et il n’est pas rare de devoir switcher entre les différents mondes pour pouvoir les résoudre.

 

Et c'est là le principal point fort de ce jeu qui se termine en une poignée d'heures, son atmosphère. Avec Denfull nous avons un certain historique commun dans les jeux de ce type et réagissons en grande partie de la même manière et sur celui-ci, nous avons eu le même sentiment d'oppression, d'inconfort voir même d'insécurité par moment. C'est bien simple, sur un jump scare que certains verront sans doute mieux arriver que moi, j'ai arracher le VR de mon visage en lançant un cri tout en virilité. Sans exagérer, j'ai eu des frissons le long des bras pendant quelques minutes. Denfull, après avoir eu également une belle frousse, est lui, tombé dans un fou rire après m'avoir entendu hurler... bravo la solidarité !

 

Denfull : Mon collègue Flowa en a perdu son casque tellement il a flippé. Nous avons vécu quelques sursauts et le cerveau reste toujours en ébullition, on se demande sans cesse quand le prochain jump scare va arriver. C’est une réussite.

 

Un rendu qui vous veut du bien

 

Cette ambiance très bien rendue par le jeune studio s'accompagne d'une technique très correcte une fois le casque vissé sur le crâne. L'appartement des Hayes est très bien réalisé et les détails sont nombreux bien que l'interaction avec le décor relativement limitée. L'ambiance sonore est tout aussi remarquable et accompagne parfaitement la désagréable sensation que la porte vers la folie n'est jamais bien loin.

 

Denfull :  Les graphismes sont bons ! Personnellement j’ai adoré. Beaucoup de détails, une jolie finition. Un coup de cœur sur VR pour moi. Ce qui fait l'ambiance pour moi, c'est l'ambiance sonore : pesante, oppressante, stressante… il y a toujours du bruit… des bruits de pas, un claquement, un grincement. C’est grâce à cet environnement sonore que le jeu en devient flippant. 

 

La progressions s'accompagne de quelques énigmes relativement simples qui nécessitent quelques passages d'une ambiance à l'autre pour récupérer indices ou objets. Des films en FMV sont également à récupérer ci et là pour compléter un peu plus la compréhension du scénario... ou la compliquer, à voir. Quoi qu'il en soit, ces vidéos sont plaisantes à suivre et il ne faudra pas fouiller comme un teckel pour toutes les trouver. Le jeu des acteurs est plutôt correct ce qui contribue un peu plus à s'immerger dans les eaux sombres d'une famille à la dérive.

 

Hayes wide shut

 

Le point final de l'expérience, qui arrive environ après 2-3 heures de jeu, laisse place à des interprétations et à la discussion, quelques points pouvant ne pas être compris ou vécu de la même manière par le joueur. Denfull et moi étions d'ailleurs un peu marqué par l'aventure. Peu de choses à dire sur le coup. Personnellement, j'ai eu besoin de la nuit pour revenir sur ce que j'avais vécu et surtout comprendre ce que je venais de traverser. Et j'ai aimé. Je recommande vivement ce jeu à celles et ceux qui aiment des expériences en réalité virtuelle qui sortent un peu des sentiers battus.

 

Denfull :  Il nous a fallu environ deux heures pour finir le jeu. Une durée moyenne pour ce type de jeux sur PSVR. Mais deux heures très sympa. Une très bonne pioche que je conseille aux amateurs du genre pour une trentaine de francs.

 

En conclusion, ce Transference  réussit ce que The Inpatient avait échoué à faire, soit raconter une histoire, qui aurait certes pu être mieux exploitée, installer une ambiance et happer le joueur dans son monde pour quelques heures. Et pour un tarif inférieur. Si quelques frissons vous tentent, n'hésitez pas à pénétrer dans l'appartement et la vie des Hayes. Faites juste attention à ce qui se tapit dans l'ombre de la psyché de ces membres...

 

 

 

 

 

 

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