Pourquoi je joue ?

04/01/2018

Les jeux vidéo ont une place importante dans ma vie, aussi loin que je me souvienne, ça a toujours été le cas. J’aime les jeux vidéo, profondément, et parfois on me force à me demander pourquoi… pourquoi je joue ? C’est toujours compliqué de faire comprendre à quelqu’un d’hermétique au monde du jeu vidéo ce qu’on peut y trouver et l’impression de passer au mieux pour un adulte qui ne veut pas grandir ou au pire pour un inadapté social n’est parfois pas très loin.

 

Petit mon imagination se heurtait épisodiquement à la réalité des autres enfants et plus régulièrement aux «vérités» des adultes. Attention à ne pas trop rêver, les rêves transforment les songeurs en marginaux selon ceux qui ont perdu cette faculté.

 

Mais moi j’aimais rêver, mes mondes n’avaient pas les limites des leurs. Ma chambre était un domaine qui n’avait pas de frontière et dehors j’étais souverain d’un univers que l’horizon ne pouvait pas emprisonner. Quand je jouais à cache-cache avec mes potes, eux n’y voyaient qu’un jeu, moi c’était la réalité que je fuyais, me cachant de monstres et de mercenaires voulant capturer le fils héritier du royaume de mes songes. J’ai l’impression d’avoir toujours chercher à m’échapper de cette «réalité». Mais par trop de rêves, j’ai créé un océan qui aurait peut-être fini par me noyer car trop vaste, trop personnel, trop abstrait, trop absolu.

 

Il me fallait un canal pour apprivoiser un minimum cette envie d’ailleurs, de plus loin, d’autre chose. La lecture, que ce soit de romans ou de Comics, et le cinéma m’ont aidé à nourrir mon besoin d’évasion mais plus que d’être spectateur, j’avais besoin de vivre ces expériences, les ressentir de l’intérieur, viscéralement, profondément. Avec le jeu vidéo, j’ai trouvé l’écrin sur lequel poser le joyau de mon imagination. La passion m’a frappé de plein de fouet. J’ai depuis visité tant de mondes, vécu tant d’aventures. Seul. Avec des amis.

 

Jouer, pour moi, c’est s’évader. M’évader. Fuir pour mieux construire. Mes souvenirs sont constellés de ces évasions. J’ai chevauché des griffons, combattu des dragons, défié la Mafia, bâti des villes, sauver le monde aussi souvent que vous avez pris le bus ou le tram, vous les non-joueurs. Vous ne voyez qu’illusions dans mes voyages mais pourtant ces souvenirs que vous croyez virtuels ont la même densité dans mon esprit qu’un week-end entre amis dans le port de Barcelone. Ces situations hors de votre «réel», je les vis, je ne me contente pas de les jouer. Le cœur est touché, l’âme s’évade, le souvenir se construit. Et c’est là que le non-joueur perçoit mal ce vécu, le juge parfois anormalement, comme étant moins «palpable» qu’une «vraie» réminiscence du passé alors que dans l’imaginaire il a la même place, le même poids.

 

Blessé par une histoire de cœur, j’ai fui en Hyrule me réfugier. Agacé par un cours de chimie sans queue ni tête, j’ai sauté sur Epona pour fendre le vent et oublier ce quotidien lourd comme un rêve brisé. Jouer est devenu cathartique, thérapeutique. A la banalité parfois décevante du quotidien, ces univers ouvrent des portes que de nombreuses personnes ne soupçonnent pas. Et avec les années, cette nécessité d’évasion ne faiblit pas, bien au contraire. L’étincelle de mon enfance est devenue une flamme d’une intensité inaltérable. Le monde «réel» dans lequel nous évoluons impose tellement de barrières, d’obstacles, de contraintes qu’il est vital de pouvoir les exploser, les balayer le temps d’une fuite dans l’un des univers que le jeu vidéo me propose. Nous propose.

 

Si le jeu vidéo est un refuge, il est aussi un lieu de rencontre unique. Car loin de m’isoler ou de m’éloigner de ce que les «autres» persistent à appeler réalité, ce lieu pas si virtuel m’a permis de faire des rencontres qui comptent. J’ai, par exemple, vécu des histoires fortes étalées sur plusieurs années en Azeroth en compagnies de frères d’arme que je n’oublierai jamais. Ce vécu créé des liens, pas moins forts, pas plus forts mais différents de ceux tissés avec des gens rencontrés à l’école, au travail ou encore dans le cadre d’un sport. Si on ne rencontre pas bon nombre des joueurs avec qui nous jouons (quoique…), cela n’empêche pas de partager, d’échanger, de vivre et  finalement de connaître les personnes derrière la manette. Et comme dirait Marion Cotillard, j’ai rencontré de belles personnes au travers de tous ces pixels. Des rencontres qui s’affranchissent de la géographie, des considérations sociales, ethniques ou religieuses, bien plus facilement que «In the Real Life».

 

J’aime quitter mon quotidien (que j’aime dans son ensemble, ne vous y trompez pas), y laisser Mathieu pour devenir Flowa, retrouver Lara Croft, Nathan Drake au milieu de mon salon, chevaucher mon pur-sang et partir sauver un Prodige durant un trajet en train. C’est pourquoi j’aime tellement les expériences narratives. Mon imagination se nourrit de cela et transcende l’expérience proposée. J’ai vécu de façon viscérale des jeux comme The Last of US (et le magnifique Left Behind), The Walking Dead Saison 1 ou encore Life is Strange pour citer des jeux relativement récents. Mais plus jeune c’est Link qui m’a le plus souvent marqué au-delà du simple jeu. Comme mentionné plus haut, je le vis, j’y laisse chaque fois un peu de moi et je prends un peu de lui. Un jeu comme Zelda Breath of The Wild m’a marqué au fer rouge, c’est le parfait exemple du type de jeu que j’aime par-dessus tout, qui bouleverse mes 21 grammes chimériques. Il en dit peu, en montre tout autant et il laisse le joueur faire le reste du travail, à lui de peindre sur la toile de cette histoire mélancolique son propre ressenti et y poser ses propres couleurs. Grandiose.

 

Je crois que finalement pour la première fois je réponds sincèrement à cette question parfois posée avec une bribe d’arrière-pensée : pourquoi je joue ?

 

Je joue pour m’évader, parce que jouer c’est vivre mille vies, c’est se couper d’un quotidien parfois compliqué. Jouer, c’est expérimenter, c’est partager, c’est parfois pleurer, c’est rire aussi, beaucoup. C’est rencontrer. C’est nourrir son imagination, soigner son besoin de découverte, dépasser l’horizon, voir plus loin, ailleurs, différemment. Celui qui ne joue pas ne vit qu’une fois, je me réjouis de perdre encore mille fois la vie dans ces mondes majestueux, de rejoindre ces champs d’un autre blé et d’y façonner encore des souvenirs par milliers et pourquoi pas de vous y croiser, spécialement vous, qui ne comprenez pas mon amour pour cette autre réalité. La porte est ouverte et mon destrier peut accueillir deux cavaliers. Entrez. Brisez vos chaînes et déployez vos ailes. A jouer, vous ne risquez que de rêver.

 

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